Archives mensuelles : décembre 2004

Deuil international

Une pensée grave et émue pour ces milliers de personnes qui restent, après le passage d’une mort d’origine « naturelle », un peu brutale et pour le moins surprenante. A ces milliers de personnes rescapées, ces milliers de personnes traumatisées, ces milliers de personnes orphelines, veuves, veufs, seuls/es. En mémoire aux victimes surprises en pleine vie. En pensant à tous ces deuils nécessaires avant la reconstruction. Avec amour et compassion,

Olivier et l’équipe roquebasse.net

VOIR EN LIGNE :Pour aider une ONG efficace et présente sur place

Noël ou l’éloge de l’épée

Cette année encore, les journalistes français spécialistes des affaires religieuses n’ont pas eu à changer grand-chose sur leurs articles des années précédentes pour informer le grand public en cette période de Noël ! En effet, comme dans le film « Amen », l’inquiétude papale est grande, ce grand monsieur étant consterné de constater l’extension galopante des conflits sur la terre. Mais, comme toujours et encore, Urbi et Orbi n’ont pas grand effet sur les cœurs, le message est toujours le même. Les chrétiens toujours moins nombreux, les églises chrétiennes toujours en crise, la « Bonne Nouvelle » devenue « Dogme Rassis » se contente en cette période de mémoire bi-millénaire, d’être énoncée par les chefs et les bergers d’enfants de dieu assoiffés, comme autant de messages faussement lénifiants sur la paix !

Jean Ferrat chantait « quelque chose ne va pas dans mon royaume de France ». Je reprends son refrain : « quelque chose ne va pas dans mon royaume de dieu ». En tout cas dans celui que l’on m’a annoncé et que l’on annonce malheureusement encore.

Chaque fois que je dénonce, devant un public concerné, de manière plus ou moins véhémente, l’inefficacité du message chrétien comme source du désintérêt des personnes et des peuples occidentaux pour ce message, on me répond, choqué, que j’ai tort, que le message n’a rien perdu de sa vigueur, mais « que Jésus avait annoncé que la foi se raréfierait vers la fin des temps, et donc que ce qui se passe est bien la preuve du déroulement des prophéties ». Ce à quoi je rétorque que c’est bien à cause de cet état d’esprit stupide et mystique que l’on n’avance pas !

« Tout est dans l’œil de celui qui regarde » (Avec l’accent chinois dans le texte !).

Rappelez-vous cette petite histoire :

Un fabricant de chaussures envoya deux commerciaux faire une étude de marché dans un pays lointain. Après quelques semaines d’arpentage, nos deux compères revinrent avec un rapport extrêmement succinct. Le directeur s’en étonna et écouta leurs commentaires : le premier déclara :

– Monsieur le directeur, dans ce pays de 10 millions d’habitants, 90% ne portent rien aux pieds. Visiblement cela leur va très bien et il ne sert à rien de perdre notre temps pour des gens qui ne s’intéressent pas à nos produits.

Le directeur, pensif, se tourna vers le second qui déclara, enthousiaste :

– Monsieur le directeur, dans ce pays de 10 millions d’habitants, 90% ne portent rien aux pieds. Seules des industries pharmaceutiques font des fortunes en leur vendant des soins pour pieds abîmés. Nous avons là le plus formidable marché de toute notre existence !

(Silence interrogatif pour les insensés, éclats de rire pour les sensés…ou le contraire !)

Je ne peux laisser passer ce Noël sans vous faire part de mon intérêt pour vous, mes amis, mes lecteurs, pour votre entourage, pour l’ensemble de ceux avec lesquels j’ai été, je suis, je serai un jour en contact. Mais je ne vous souhaite pas la paix que les bien-pensants se souhaitent. Non, décidément pas ! Je vous souhaite au contraire de passer, cette période-ci, par le tranchant de l’épée !

J’ai comme une petite idée que si j’en restais là, je ferais des dubitatifs. Cela serait intéressant, mais à très court terme. Donc…je continue mes vœux :

« Ne croyez pas que je sois venu pour apporter la paix, je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée… »

Un grand homme a dit cela un jour. C’est le genre de déclarations de lui qui ne sont pas les plus connues et les plus célébrées, et pourtant j’ose croire que c’est de ce genre de message que l’espoir peut renaître aujourd’hui.

Le christianisme a cru de bon ton de présenter la paix comme signe de bonheur véritable, comme signe de véritable conversion, comme enseignement majeur du Christ. D’ailleurs, un ensemble de systèmes doctrinaux et organisationnels sont toujours mis en place pour émarger à coup sûr, socialement, spirituellement, et psychologiquement ceux qui contestent la « pax romana » ecclésiastique et civile, ceux qui dérangent « l’ordre de Dieu ».

Quelle plus belle preuve de non-conversion, n’est-ce pas, vient de celle ou de celui qui a encore une souffrance expressive, qui ne fait pas taire son inquiétude, sa souffrance, sa révolte, qui cherche la relation à l’autre de toutes les maladroites manières possibles ?

Ironie de l’Histoire. Celle-là même qui prétend apporter le salut, écouter les miséreux et misérables, être du côté des souffrants et des affamés, tente à longueur de siècle de faire taire en son sein ceux qui élèvent la voix pour remettre en question le message, les porteurs du message, parce qu’ils ont mal. Je veux parler de l’église chrétienne, quelle soit catholique, protestante, évangélique, orthodoxe, baptiste, adventiste, etc…

Alors mes chers amis. Il redevient évident que seule l’épée peut être à la fois l’instrument et le fruit d’une contestation, d’un sursaut d’instinct de conservation, bref, de salut !!

Dans les Ecritures que l’on appelle la Bible, le mot « épée, glaive » est employé à de nombreuses reprises pour représenter la puissance et l’efficacité de la Parole. C’est donc cette première acception, ce premier sens que j’évoquerai tout d’abord : beaucoup ont coutume d’accoler un P majuscule à la Parole qui viendrait du dieu exclusivement. Je prends la liberté d’élargir cet usage à la Parole humaine en tant qu’émanant de l’individu-sujet, celui-ci parlant en son propre nom, en JE, et donc en vérité.

Cette Parole est celle par laquelle la souffrance (le « mal ») se trouve démasquée, et donc potentiellement et virtuellement désactivée, détruite. Cette « épée » est celle qui me permet de me positionner de plus en plus justement par rapport à mon père, ma mère, ma sœur, mon frère, mon beau-père, ma belle-mère, ma ou mon partenaire de vie et de lit, mes amis, les autres, le monde, moi etc.. et enfin : le dieu (Dieu pour ses intimes). La Parole cherche et voit juste, elle est « acérée et donc disjoint jusqu’aux articulations les plus solides et les plus cachées ». C’est celle de l’altérité salvatrice. Elle permet, et en est le signe, à l’humain du devenir Homme et donc divin, éternel, en conséquence indéfectible d’une nouvelle naissance, la naissance selon l’esprit, la naissance d’en haut.

La deuxième signification maintenant. Le fruit.

A la réflexion, il paraîtra évident, je pense, à tous, que celui (ou celle) qui se met à parler en son propre nom, ne peut pas être écouté facilement. Il remet en cause inévitablement les certitudes toutes faites dont l’environnement nous abreuve depuis notre gestation intra-utérine, les enseignements tous prêts et incontestables, (en tout cas majoritairement incontestés) dont nous sommes gavés à l’école, à la catéchèse, au collège, à l’église, au lycée, à l’université, devant notre télé et notre radio. Quelqu’un a dit : « nul n’est prophète en son pays ». D’ailleurs les vrais prophètes sont pour la plupart éradiqués, car dérangeant l’ordre social, et surtout l’autorité en place. Comme les miséreux qu’ils défendent et cherchent à libérer, car ces derniers font désordre chez les bourgeois.

Fait-on taire, et comment, un nouveau-né qui a faim, a peur, a besoin de sécurité et d’amour ? Les journaux sont pleins de récits d’infanticides écœurants, commis par des tarés qui ne supportent pas les cris de leur progéniture. La vie dérange la mort.

La mise à mort des vivants, ou des « cherchant à naître », psychologiquement et socialement, est un meurtre, ni plus ni moins.

La mort infamante sous couvert légitime est la conséquence qui attend vraisemblablement celui qui promeut la vie. Quelques individus en ont réchappé. Mais ce sont des exceptions qui confirment la règle.

Un peu plus loin dans les Ecritures, Jésus, qui annonce apporter l’épée, est catégorique : « celui qui ne prend pas sa croix et m’accompagne derrière moi n’est pas digne de moi » ! Mes amis, si nous voulons vivre, il nous faut donc marcher, porter fièrement notre mort, comme le font les vrais vivants. A ce prix, et à ce prix seulement, nous sommes digne de soi et du Soi.

L’Epée salvatrice annoncée par la célébration de Noël, est donc à deux tranchants.

En ce Noël 2004, et en cette future année 2005, je ne souhaite pas la Paix au monde, mais cette Epée à deux tranchants.

En ce qui vous concerne en particulier, mes amis, je vous souhaite d’être bienheureux acteurs et bénéficiaire du premier, sereins et fiers vis à vis du second.

Avec toute mon affection à vous tous.

Olivier.

Epitre à Caïn

Mon cher Caïn,

C’est étrange d’écrire à quelqu’un qui est mort. As-tu seulement existé ? Tant de controverses au sujet de ce qui s’est réellement passé dans notre préhistoire, n’est-ce pas ?

Ce débat ne fera pas l’objet de cette lettre. Je suis loin de cela. En fait je crois que tu représentes tellement pour nous, êtres humains du 21ème siècle, que je veux bien croire que ton histoire est un mythe. Mais ce mythe est tellement riche, tellement fondateur, que ta réalité est là, prégnante jusqu’aujourd’hui. Que nous parlions de toi te fait donc exister et être bien présent au milieu de nous.

Au préalable je voudrais te rassurer : si comme, je le suppose, tu crains que ma prise de parole soit pour toi une « ennième » condamnation, alors calme-toi, ce n’est absolument pas le cas, bien au contraire.

Je veux donc d’abord te demander de m’excuser de t’avoir si mal jugé pendant tant d’années. Je peux m’expliquer, et je le ferai. Mais je demande ton indulgence. Dans mon milieu, avoir de la compassion pour un fratricide jaloux, ça n’est pas exactement ce que l’on nous enseigne ! Mais tu vois, on grandit, et aujourd’hui je suis bien décidé à faire mon autocritique !

J’ai écrit ailleurs que je m’attacherai désormais à être un anti-mythe. Cela paraît contradictoire avec ce que je viens de rédiger plus haut. Mais ce n’est pas le cas, loin s’en faut. Et tu en conviendras bientôt, j’en suis sûr.

Revenons à toi. Tu es un meurtrier fratricide. C’est un fait. Cet écrit fondamental de la Torah qu’est le livre de la Genèse ne fait pas dans la nuance. A un moment donné, ce que tu voulais offrir au dieu a été refusé par celui-ci et l’offrande de ton frère a, par contre, été agréée. Injuste apparemment, et bien évidemment facteur originel de jalousie. Alors… alors, plutôt que de voir et de traiter le véritable problème, tu supprimes le révélateur.

Cela n’a pas changé aujourd’hui. Quand quelqu’un montre un problème, on l’accuse de ne rien faire pour traiter le problème, d’avoir un esprit de critique, de décourager ceux qui veulent le résoudre, ou pire, d’être la cause du problème. « celui qui dit la vérité, il faut l’exécuter ». Tu ne connais pas ? C’est une vieille chanson rabâchée. Et cela ne nous sert visiblement pas…

Oui meurtrier. Pourquoi ? Pour quoi ?

J’ai relu l’histoire qui te concerne, en essayant de lire différemment ce qui est écrit, avec d’autres yeux. D’autres que moi l’ont fait avant moi, mais des filtres cultuels et culturels m’ont empêché d’en avoir connaissance.

J’ai alors été étonné de ce que j’y ai trouvé. Reprenons le texte un peu en arrière. Te voilà dans le ventre de ta mère. C’est la première fois qu’elle est enceinte, tu es son aîné. C’est forcément « magique » : elle s’ouvre à son homme, et hop ! Le germe, le fruit. Oui, mais pas n’importe où, dans son ventre. C’est qu’elle a un sacré problème ta mère, c’est quand même par elle que la première souffrance se fait jour dans la jeune humanité. Alors, la culpabilité, la dévalorisation personnelle, la domination de son mâle, le fait de s’être fait « avoir » par une saloperie de bestiole tout ça n’est pas fait pour lui donner une bonne image d’elle-même. Bref, tu es formé dans son ventre, et elle pense qu’elle a « acquis », « produit » un être humain avec le dieu. D’ailleurs tu es nommé ainsi, et ton nom a dû peser lourd dans ton éducation, ton « développement personnel » comme on dit maintenant…Caïn, soit « objet acquis, produit ». Bref, tu n’es que la propriété de ta mère, rien d’autre, c’est cela ton identité, au départ. Quel espoir peut-il surgir de tout cela ?

Alors tu vas t’échiner à produire aussi, produire des légumes, et tu es donc en prise directe avec la réalité de la prophétie divine : « le sol sera maudit à cause de toi, c’est avec peine que tu en tireras ta nourriture… ». Il est clair que c’est largement plus fatiguant que de garder des moutons comme ton cadet. Tiens, parlons-en de celui-là. Abel, c’est son nom. Celui-ci est nommé comme son importance aux yeux de sa mère : « vapeur, buée ». Je me demande quelle opinion tu devais avoir de ce cadet si différent de ta mère, cette écervelée hyperactive, si différent de toi, travailleur acharné et amer ? De ce cadet si rêveur, si tendre, si évanescent, si « effacé » ?

Ton travail ? Faire rendre à la terre ses fruits. Pour nourrir. Pour sûr, c’est éminemment utile, nécessaire. Et pourtant…Pourtant, quand vous allez ton frère et toi présenter votre offrande, la tienne n’est pas agréée !

Il n’est pas de mon sujet ici de réfléchir plus avant sur cette « injustice » apparemment flagrante. Mais c’est ainsi, et ce qui devait arriver arriva, tu en as reçu plein la gueule. Mais qui est donc ce dieu qui ne comprend rien, qui ne reconnaît que ce qu’il a envie de reconnaître ?

Tu as donc déprimé, Caïn. Tu as pourtant tant fait pour te faire aimer de ce dieu, de ta mère, de ce père qui ne t’a pas nommé, donc pas reconnu. De ce père que tu n’as pas, car ta mère ne l’a pas reconnu comme tel. Et cela n’a pas marché, magistralement démontré « au terme des jours ».

Tu es né orphelin et blessé. Et cette dernière humiliation t’amène au comble du découragement. Je compatis mon cher Caïn, et je t’aime parce que tu es un handicapé de l’amour. Tu es un « vilain petit canard ».

Ce qui est très étrange, dans l’histoire, c’est que personne ne parlera plus beaucoup de ton frère. De cette buée. Elle disparaîtra apparemment aussi vite qu’elle est apparue. Bien sûr on l’encense, on fait, avec cet agrément divin de son offrande, de la récupération christologique, on le cite en exemple aux petits enfants pas sages, et on te méprise. Mais je crois, moi, aujourd’hui, que la réalité est toute autre.

Je crois aujourd’hui que nous n’avons rien compris. Les théologiens en premier. Et je leur en veux. Car la connaissance qu’ils avaient et qu’ils ont de l’évangile prêché et vécu par Jésus auraient dû les amener à te prendre comme l’exemple même de l’exclu, du souffrant que le dieu aime par-dessus tout.

Je reprends le récit. Tu es déprimé, ton visage est abattu, « tes faces tombent », tu « fais la gueule » dit-on aujourd’hui. Et il y a de quoi !

Pourtant, ce n’est pas à Abel, à la « vapeur » que le dieu se met à parler, mais à Caïn, à « l’objet acquis ». Et il t’encourage. Il te donne des signes pour éclairer ton chemin. Il t’explique ce qui se produira si tu ne relèves pas la tête… Il t’avertit qu’un monstre se trouve à ta porte et est prêt à bondir sur toi. Il te met en garde contre cette menace dévastatrice qu’est la faute qui rôde autour de tout être en souffrance.. N’avait-il pas mis pareillement en garde tes drôles de parents ? Eux pourtant n’avaient pas souffert me semble-t-il ? Ou alors le texte sous-entend le contraire… Il faudra que j’y retourne.

Malgré cette sentinelle, tu n’arrives pas à relever la tête, c’est trop lourd, trop dur, d’avoir en permanence devant les yeux, en la personne de ton frère, la démonstration de ta propre conviction, celle de ne pas exister au yeux des autres. Alors tu portes le coup fatal. D’abord il est dit que tu te « dressas contre ». C’est important cela. Au moins tu t’es dressé. Alors oui, tu as commis une faute. Car tu n’avais pas appris à te dresser, te mettre debout, et encore moins de quelle bonne manière. Et il y a homme couché, suite à homme dressé. C’est tragique et parfaitement regrettable. Je crois que tu t’en es largement voulu par la suite, et tu as bien vu que cela n’était pas la solution.

Pourtant, on pourrait croire que le dieu va t’accabler, mais ce n’est pas ce qui se passe. Oui, bien sûr il te révèle la faute dans le filet de laquelle tu es tombé. Et il va t’annoncer les conséquences de cette erreur. Elle sont lourdes et mortifères, apparemment. D’ailleurs tiens, j’ai appris quelque chose dernièrement. Tu devais savoir toi, que le mot « faute » en hébreux, est tiré d’un verbe qui signifie « rater sa cible » dans le cadre d’un tir. Cela m’a fait sourire quand j’ai appris cela.

J’en viens à une réflexion toute personnelle. Où a-t-on appris que l’homme pouvait être capable de savoir instantanément comment se bien comporter ? Comment peut-on croire que l’on peut, aujourd’hui, être plus forts que nos ancêtres de la Genèse ? Et comment imaginer réaliste cette enseignement mystique qui consiste à propager et à croire que, miraculeusement comme par enchantement, il serait possible d’être « transformé » par adoption d’une simple croyance en un « Sauveur », et qu’en dehors de cela, tout est du vent ? Et que si cela ne se fait pas c’est forcément de notre faute ? A ton époque Caïn, vous n’aviez certes pas le poids « génétique » de la « faute » héritée, des faiblesses, innées et acquises. Et pourtant, aucun de vous n’a pu résister devant la faute. Alors ? Pourtant vous étiez, d’après le récit mythique, directement en contact avec le Créateur de toute chose ! Il y a donc matière aujourd’hui à ne pas se voiler la face devant le « principe de réalité » ! Incroyant donc, moi, non ! Mais incrédule, désormais, OUI !

Donc, excuse-moi de digresser constamment, mais voilà, le dieu ne te condamne pas, et il dialogue, encore, toujours. Fabuleux, non ? Ton histoire est une bonne nouvelle pour moi, Caïn. Ce n’est pas Abel que le dieu avait besoin de protéger. Abel n’en avait pas besoin. Il était d’un autre monde, au propre comme au figuré. D’ailleurs, tu lui as renvoyé à la face, au dieu, que toi tu n’étais pas le gardien de ton frère, et tu avais raison. Personne ne peut être le gardien de son frère. Seul le dieu le peut. Mais il ne l’a pas fait. Ce qui me sidère par contre, c’est que le dieu voit que toi, tu en as besoin, que toi tu le réclames. Et il te l’accorde. Où a-t-on jamais vu l’établissement d’un laisser-passer permanent, d’un sauf-conduit perpétuel en vue de la liberté d’un meurtrier ? C’est pourtant ce que le dieu a fait, à ta demande ! C’est vraiment grand ! « Et l’Eternel mit un signe sur Caïn pour que ceux qui le trouveraient ne le tuent pas », ouah !

C’est alors, Caïn, que tu as su que le dieu voulait plus pour toi qu’une offrande des fruits de la terre. Il voulait te voir t’asseoir sur ta faute et la dominer, il voulait te voir pouvoir être libre et vivant sans lui, mûrir, grandir et apporter au monde tout ce que toi et tes descendants nous ont apporté. Le goût de l’invention, de la créativité au service de l’homme, de l’art musical, et de bâtir des maisons et des villes, de forger les outils et de les utiliser.

Merci Caïn. Ton acte meurtrier était vraiment une saloperie, tu en conviendras, mais, ce que tu as reçu comme faveur vaut pour moi aujourd’hui bien plus que la faveur donnée mystérieusement à ton frère, cet « effacé » comme la buée sur les vitres. Ce dieu-là vaut pour moi, car je te l’avoue Caïn, je suis plutôt de ta race, et j’en souffrais. Mais je suis en chemin pour l’exil, la liberté, la guérison, comme toi.

Avec toute ma sincère considération,

Olivier

 

janvier 2005 : Commentaire de Alain

Il y a dans le verset 15, une phrase bouleversante révélant le véritable amour de Dieu pour Caïn :Si quelqu’un tue Caïn, on le vengera sept fois. Quel père n’a pas affirmé, si on touche un seul cheveux de la tête de mon fils je suis capable de tuer, et même d’en tuer sept. Ce n’est plus oeil pour oeil, dent pour dent (loi du Talion), c’est le langage de la démesure, d’un amour démesuré qui nous dépasse. Dieu est en train de dire à Caïn, je suis capable de meurtre tellement je t’aime. Je ne suis pas Caïn, on arrive facilement à s’en convaincre, mais combien de fois ais-je fait disparaître mon frère par mes propos, mes actes ou mes pensées. Alors, merci mon Dieu pour cette démesure à mon égard.
Bon vent à toi Olivier, mon frère que j’aime. Alain.

Antimythe

J’ai eu 40 ans cette année. Vous savez ce qu’on en dit : « la crise des 40 ans » ! Je crois que je n’ai pas échappé à la règle.

Cette année a été pour moi la plus terrible de mon existence. Les souffrances endurées tant sur les plans psychique, émotionnel, spirituel, affectif, intellectuel, familial et physique, l’ont été à un point jamais atteint auparavant.

Ceux de mes amis qui m’accompagnent depuis 20 ans savent pourtant que ma vie était pourtant loin d’être un long fleuve tranquille, et que sur le plan « galères », j’en avait déjà mon lot, et que loin de m’avouer vaincu, je mettais une énergie constante à avancer malgré les coups reçus !

Et pourtant…

La fin de l’année 2004, voit pour moi l’entrée dans un nouvel univers. Un univers ou mes 40 prochaines années me semblent porteuses de mille feux d’artifice, pleines de vie, de découvertes, de réalisations, de rencontres, sans oublier les combats à mener, les recherches à continuer, les vents contraires à utiliser.

L’année 2005 sera ainsi pour moi, une année de transition. Et notamment sur un point qui me taraude depuis des lustres. L’écriture.

Oui, l’écriture. Cette brûlure, en moi depuis si longtemps, de développer ma pensée par l’écrit. Ainsi, partager mes recherches, encourager à la réflexion, détruire les idées reçues, nettoyer une certaine « foi », libérer, désenchaîner, appeler, accompagner (Esaïe 58). En disséquant les certitudes, les illusions morbides, et les croyances mortifères. Bref, devenir un anti-mythe. Une simple vapeur, qui disparaîtra « comme la fleur de l’herbe », mais qui aura nourri l’industrieuse abeille, qui avec sa merveilleuse chimie transformera un peu de suc en miel prodigieux. C’est ce que je souhaite à ceux qui me liront.

J’ai la réputation d’être passionné et véhément, et je le serai. Certes, les années me « poliront » certainement, mais je leur laisse se soin. Je fais en attendant le pari de l’entièreté et du radicalisme dans mes analyses et les conclusions que j’en tirerai. A chacun d’en tirer ce qui lui sera profitable.

C’est cela aussi d’être un anti-mythe aujourd’hui, ne plus croire les « bons discours » pleins de paroles lénifiantes comme étant les seuls porteurs d’évolution et d’avenir.

C’est cela aussi d’être « né d’ailleurs « , où « né d’en Haut », pouvoir parler en « Je », assumer sa parole comme émanant du plus profond de son être.

C’est cette « nouvelle naissance » que j’aurai expérimentée cette année. Cette capacité de pouvoir dire « j’existe » et d’en explorer toute la liberté et la responsabilité dès à présent. Que ceux qui me le souhaitaient de manière « religieuse » encore récemment ne se réjouissent pas trop, le résultat n’était pas prévisible, et certainement pas à l’image de leurs attentes. En effet, Jésus ne dit-il pas : « C’est comme le vent : tu en entends le bruit et tu en vois les effets, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de tout homme qui est né de l’esprit.. » ?

A cause de cela, cette année 2004 est la plus importante année que j’ai déjà vécu, la plus fructueuse, la plus prodigieuse. Ma vie est un cadeaux fabuleux, et je remercie le « dieu créateur » (« la Vie » comme dirait Martine, non-chrétienne par dégoût, « fille de la Vie divine » par conviction. Et née de nouveau par réalité. Merci Martine de ton témoignage !) de me l’avoir laissé vivre encore une année. Car maintenant, je peux mourir en paix, je sais que je continuerai à vivre…

Je vous laisse sur cette citation extraordinaire :

« Le grand ennemi de la vérité est très souvent, non le mensonge – délibéré, intentionnel et malhonnête – mais le mythe – persistant, convaincant, et…irrésistible » J.F. Kennedy.

Olivier Sommer, 5 décembre 2004