Archives mensuelles : mai 2006

La Sologne en Dordogne : des moutons à la Roque Basse

Pour ceux qui en doutaient, c’est fait !

Mouton_RB_2Des moutons à la Roque Basse

Rappelez-vous, vous mes amis, ces fameux projets de moutons. « Des lubies » pensiez-vous. »ça lui passera » sentenciez-vous…

Ben oui, c’est arrivé. Je les ai mes moutons. Et ils sont beaux !

Mais je n’aime pas l’info brute. Elle n’a finalement aucun intérêt en elle-même. Elle ne peut être digne d’écoute et d’attention qu’au sein de l’Histoire, ou au moins d’une histoire.

Alors je vous raconter une histoire, ou plutôt, je vais vous dessiner un mouton – des moutons…

Au 18e et 19e siècle, St Martin des Combes faisait partie du grand vignoble du Périgord Poupre, et plus précisément du grand Bergeracois. Je ne sais encore quel genre de vin on y produisait, mais ce qui est sûr c’est que l’on envoyait la plus grande partie de la production vers la région Bordelaise et son port, et de là vers… A l’époque, la forêt reculait devant les vignes.

Parallèlement, et plus anciennement, il y avait aussi des troupeaux d’ovins. En témoignent deci-delà quelques vieilles « cabanes » de bergers, en fait des huttes de pierres sêches, bâties sur le sommet de petites collines dominant des pentes arides et caillouteuses, parsemées de nombreux fossiles. Les bergers les bâtissaient pendant que les troupeaux paissaient.

Enfant, je parcourais joyeusement ces collines en rêvant à ces troupeaux fantômes… et à leurs hypothétiques bergères.

Cela fait 30 ans. A l’époque, de petits agriculteurs cultivaient leurs terres, et faisaient paître des élevages de bovins. Malgré la baisse des revenus agricoles, les exploitations se maintenaient grâce aux doubles emplois des fermiers. Maçons ou ouvriers du bâtiment l’hiver, pour ramener quelque argent frais dans le ménage. Pour reprendre le collier de la culture et des moissons au retour de beaux jours.

En 1982, quand je passai une année à la Roque Basse, pour m’essayer à l’agriculture, je repoussai la végétation anarchique et envahissante grâce au gyrobroyeur. Appareil attelé derrière un tracteur qui broie les végétaux grâce à une grosse lame tournante, un peu comme une tondeuse géante.

J’avais donc relativement bien nettoyé l’ensemble des 12 hectares qui m’étaient confiés.

Mais, pendant 22 ans d’absence des propriétaires légitimes, et aucun entretien régulier, en même temps que la désaffection des chemins vicinaux et l’abandon des terres environnantes faute de cultivateurs, notre paradis fut envahi par des taillis anarchiques et épouvantablement épineux. (Epineux que nous appelons ici « prunus maxima emmerdatus »).

Quelques tentatives de nettoyage par le gyrobroyeur, quelques pneus crevés en plein champ, les casses mécaniques de notre bon vieux tracteur fêtant ses 41 ans cette année, et enfin l’énorme quantité de temps et d’hydrocarbures nécessaires m’ont amené à l’idée que des moutons seraient un style de débroussaillleuse intéressant.

Quand Eric et andré sont venus vivre leur retraite ici dans leur propriété, je leur avais soumis l’idée, mais des animaux, cela signifie contrainte et un certain dévouement en ce qui concerne les soins réguliers. Donc…un voeu pieux, mais qui faisait son chemin dans ma tête.

C’est donc tout naturellement que j’évoquais le désir d’avoir des moutons auprès des amis avec lesquels je partageais mes projets de changement de vie en 2004. Certains se sont moqués de moi gentiment et se sont amusés de l’idée très tendrement bien sûr… Vous souvenez-vous ?

Il fallait seulement que je trouve la race qui convienne aux exigences du terrain et de la situation.

Ce fut chose faite fin 2005.

Mme_Pin_Yann_agneauBerger en herbe: 4 jours, au biberon car la fratrie est trop nombreuse…

Le Solognot, c’est son nom, vient donc de Sologne. Il est adapté aux terrains très pauvres. Le bord de la Loire étant sablonneux il ne garde quasiment pas d’éléments nutritifs dont les plantes nourrissantes ont besoin. Beaucoup de sous-bois ligneux, et de grands espaces qui obligent les bêtes à parcourir de grandes distances pour se nourrir. Le Solognot est parfaitement adapté à cet état de chose. Ces moutons ont la faculté peu commune de manger en marchant. Ils sont d’une résistance exceptionnelle, aussi bien physique que physiologique.

J’avais besoin de ce genre de bêtes, véritables débroussailleuses vivantes, capable de valoriser les friches, et exigeant très peu de soin. Vous imaginez aisément pourquoi !

Trois brebis et un agneau mâle pour commencer. Un voyage en Sologne, une rencontre inoubliable avec un couple d’éleveurs extraordinaires, Alain et Nicole PIN, dont l’histoire m’a particulièrement touchée.

Mr_PinLe berger et le biberonné

troupeauTroupeau de Solognots, Une race sauvée de l’oubli

Tete_agneauJuste sevré : Un futur géniteur

attrape_moi_si_tu_peuxAttrape-moi !…si tu peux..,C’est la course, heureusement il y a les chiens.

Voilà plus d’un mois qu’il sont là, et c’est un régal de les voir se régaler d’un rien.

mouton_RBTondeuses, La mise de fond est conséquente, mais au prix de l’essence, c’est économe à la longue.

Mais ici tout pousse tellement bien et vite, qu’ils ont beau manger et manger encore, c’est comme si ils n’étaient pas là. Tant pis. On attendra qu’ils se reproduisent.

Pour les amateurs, la viande est excellente, et l’année prochaine, à Jérusalem….un petit méchoui de derrière les fagots… pour les intéressés, s’inscrire à l’avance.

A bientôt,

Olivier S.