Survol de Brokeback Mountain

Un été, une montagne, deux hommes, une passion violente, l’homosexualité, une vie, des couples, des enfants, la mort, plein de questions non résolues…

A l’entrée du cinéma de Bergerac : la police. A la sortie : la police. Pourquoi ? Prévenir les dégradations et l’agressivité d’éventuels « casseurs de PD » ? Ou ronde normale ?

Le lendemain de notre soirée, le multiplex met en place une séance spéciale à prix réduit suivi d’un débat.

Mais ce soir il n’y a pas beaucoup de monde, malgré la prolongation exceptionnnelle du « Printemps du Cinéma » à Bergerac.

Le film est extrèmement bien réalisé : de très bons acteurs, de très beaux paysages, une histoire totalement vraisemblable, des sentiments biens rendus, des scènes franches et parfois brutes, mais filmées avec une grande pudeur. Je trouve.

De ci, de là, je lis et j’entends par différents médias, la promotion et l’encensement de ce film comme étant une leçon de morale magistrale envers les homophobes, les religieux rétrogrades et les bourgeois trop bien-pensants et hypocrites. J’en passe et des plus vertes.

J’ai dû prendre sur moi pour aller voir, ce film. J’ai beau être sensible aux belles histoire d’amour, et être parfois amateur de belles scènes érotiques, je ne peux m’empêcher d’éprouver un profond dégout à la vision de deux hommes qui se touchent sexuellement (ne serait-ce qu’un baiser profond !) !

Les forums débattant du film, que j’ai parcouru sont une suite lassante d’attaques mutuelles en règle, entre ceux qui sont « pour » et ceux qui sont « contre ». Même ceux qui essaient d’être tempérés sont l’objet de réactions passionnées.

Mais de quoi discute le film ? Tout d’abord il raconte une histoire. Il présente des faits, des sentiments, des causes, des conséquences, des ébauches de d’explications psycho-culturo-éducative aux comportements de certains des protagonistes.

Après il y a ce que l’on voit, ce que l’on remarque en fonction de sa sensibilité, de ce que l’on cherche, et ce que l’on interprète. Par définition, tout cela est totalement personnel et non transférable. Même le réalisateur donnera une interprétation de sa création qui sera sujet à relativité.

Je n’ai pas vu dans « Brokeback Mountain » une promotion de l’acceptation simple et brute de l’homosexualité. De la même manière que les nombreux films présentant des histoires adultères, ou tout autre problème de société, ne font bien évidemment pas la promotion de ce qui serait une gigantesque « partouze » mondiale ou tout autre dérèglement de la société. Même si c’est parfois le cas.

Je pense qu’il est raisonnable d’admettre que l’art, la culture et la religion parlent de l’âme de l’humain, de l’âme de l’humanité, avec plus ou moins de parti pris, avec plus ou moins de propagande bien sûr, mais qu’il est important pour chacun et tous, de prendre du recul pour observer mieux, et pouvoir analyser, en tirer des enseignements, une meilleure connaissance de soi, des autres, de la société.

A ce titre, et à ce titre seulement, j’ai beaucoup appris avec ce film. Pas tant sur les faits, l’attachement réel qui peut unir deux hommes, ou la difficulté de vivre une telle relation dans la société américaine dans certains milieux et certains états à certaine époque.

Mais j’ai vu la difficulté d’être de ces hommes. Pas tant à cause de la société, du rejet, que leur propre mal-être profond. Dans d’autre temps on nommerait cela la culpabilité. Scandaleuse idée me direz-vous. Peut-être. Mais il me semble que cela est.

Chacun d’eux aspire à une vie normale. Comme chacun d’entre nous.

Un désir violent a changé leur vie. A bouleversé leur avenir. La volonté de l’un d’eux au moins était que cela s’arrête là. Mais le désir a été le plus fort.

De l’aveu même de celui-ci, c’est le désir qui le guide vis à vis de l’autre. Je n’appelle pas cela de l’amour. Ne vous en déplaise. L’attachement qui découle de cet amitié-désir est quelque chose qui me semble finalement naturel. Il y a des lois qui oeuvrent apparemment par-delà l’attirance normale hétérosexuelle. Ce n’est toujours pas de l’amour me semble-t-il ?

Les véritables amours que j’y ai vu, sont :

Tout d’abord celui d’Enis pour lui-même : dans son cauchemar, il veut, au-delà des drames et des démons, rester sobre, fidèle à ses responsabilités, dans son incohérence même, il reste, il apprend, il vieillit bien. Au-delà des problèmes de communication et de ses blessures d’enfance, il devient lui-même. Il ne veut pas être un consommateur de l’autre.

Ensuite l’amour de sa femme, Alma : jusque dans le divorce, elle ne le salit pas, ne l’humilie pas, ne le déshumanise pas. Alma est courageuse et loyale. Sa souffrance est-elle moins légitime que celle de jack et d’Ennis ?

L’amour d’Alma Junior, la fille ainée, qui souffre elle aussi en silence. Mais qui garde le lien avec son père, avec pudeur, respect.

Dans ce film, il y a non pas une mais des histoires d’amour.

Les questions que me posent ce film sont de cet ordre :

Dans quels méandres sommes-nous plus moralement juste ? Dans quelles souffrances somme-nous plus légitimes ? Dans quels drames sommes-nous plus purs ? Si nous gardons notre responsabilité d’action, elle reste tout de même relativement et largement influencée par nos passés personnels et collectifs ; nos histoires personnelles et collectives. Nos gènes et notre éducation.

Je garde l’opinion que l’homosexualité est une sexualité déviante par rapport à ce qui est un élément essentiel de la marche de la Vie.

Je garde pour autant tout mon respect à ceux qui vivent cette différence douloureuse. Et les rapports que j’entretiens avec tel ou telle ne sont pas différents qu’avec des hétérosexuels fidèles ou adultères.

Je continue à être en désaccord profond vis-à-vis de la banalisation de cette différence, je dirais plutôt par rapport à ceux qui en font l’apologie ou en revendiquent un droit de cité, activement ou dans une passivité coupable. Ce n’est pas ainsi que l’humanité gagnera en liberté, et en noblesse !

Mais bon, qui regardera courageusement l’Histoire des grandes Civilisations et acceptera l’évidente situation de la nôtre ?

Je suis parfois taxé d’intolérance avec ce genre de parole. J’assume simplement mon refus de la pensée unique et de la mode obligatoire !

Merci aux auteurs et acteurs de ce film de raconter cette histoire, si gravement humaine, si proche de la réalité de chacun, quelque soit son état ou sa préférence sexuelle.

Olivier S.