Du jour du repos en politique

(02/11/2008)

Il y a quelques millénaires de cela, la quatrième d’un ensemble de dix paroles énonçait clairement :

« …Souviens-toi du jour chômé pour le mettre à part : pendant six jours tu travailleras, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour, c’est un chômage…que tu mettras à part….Tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille ni ton serviteur ni ta servante, ni tes bêtes, ni les immigrés qui sont avec toi… » (traduction libre et partielle)

Texte ancien, décrié ou fanatisé, rejeté ou constitutif, source de destruction ou de structuration…Quoiqu’il en soit : texte fondateur.

Au delà des émotions primaires, il peut être convenable de nous pencher sur ce que nous pouvons entendre.

1) « Se souvenir »: nous, humains, oublions. Nous oublions ce que nos pères ont découvert. Nous oublions vertus ou malheurs, conséquences de tels et tels choix de vie ou de société. Nous nous oublions nous-mêmes, nous oublions jusqu’à notre présent et même notre avenir. Se souvenir est donc primordial. Se souvenir c’est chercher dans notre mémoire personnelle, familiale, collective, historique, le pourquoi originel des choix, des orientations, des décisions, des enseignements, des lois. Se souvenir permet de défaire ce qui a été mal fait, de refaire quelque chose de mieux. Se souvenir permet de continuer ce qui est positif. Se souvenir permet d’actualiser une chose bonne dans son principe, mais inadaptée pour notre situation. Se souvenir c’est fonder nos choix.

2)« Jour chômé » : Nous, humains sommes contingentés par le besoin de se nourrir, se vêtir, s’abriter, et protéger nos enfants, le travail est donc est une nécessité. De plus, dans notre culture occidentale, le travail est aussi constitutif de l’identité individuelle et sociale et entre donc dans les besoins psychologiques fondamentaux de l’être. Pourtant, de tous temps, le travail est autre chose que réponse à tout cela. Instrument primordial de l’autonomie et de la liberté de l’être, il est malheureusement dévoyé par nombre d’entre nous qui font du désir de pouvoir et de possession, ou du sentiment de devoir exacerbé, ou culpabilité mal placée, etc. prétexte à s’asservir et/ou asservir les autres en oubliant le nécessaire repos, l’arrêt indispensable, la suspension primordiale, dont l’être humain a besoin pour prendre de la distance par rapport à la contingence, vivre ses relations : à lui et aux autres, pour aimer et être aimé, pour regarder grandir les enfants, pour entourer nos aînés, pour accompagner les mourants. Pour ne rien faire. Ëtre dans le gratuit , l’apparente inutilité, la vacance, le manque. Pour être dans la confiance aussi. Chômer un jour sur sept, c’est vivre et exister gratuitement. Et plus, peut-être, aujourd’hui qu’hier, avons nous besoin de gratuité vitale. Régulièrement.

3) « Six jours pour accomplir tout son ouvrage » : Contenir. Oui, faire contenir tout notre ouvrage sur six jours, pour chômer le septième. Le travail peut nous posséder 6/7ème des jours. A l’être humain de « faire contenir » tout son ouvrage dans ce 6/7ème. C’est faire preuve d’initiative, d’organisation et de confiance pour l’impossible que de contenir tout notre ouvrage dans un temps limité et différencié. C’est une limitation de notre toute puissance, un rappel à la sérénité et l’humilité. 6/7ème, c’est émettre l’idée d’une valeur du temps, différenciée du dernier 7ème, mis à part.

4) « Pour tout le monde, y compris les bêtes (outils de production), et les immigrés (souvent en situation de fragilité, de tous temps !) » : Un jour à part pour TOUS : Ne considérons pas certaines catégories hiérarchiques ou sociales comme différentes et ne nécessitant pas des mêmes dispositions favorables. Ce 1/7ème là, il est liberté pout tous et chacun. Il est repos des bêtes et des machines, des patrons et des ouvriers, des indigènes et des étrangers, des hommes et des femmes, des adultes et des enfants. Ce jour de chômage est littéralement « mis de côté pour ». Il n’est pas un jour comme les autres, il m’apprend à différencier. Différencier, il y aurait tant à dire sur ce mot : dans la société que nous formons il y a tant de domaines que nous dédifférencions, pour le malheur bien souvent, de beaucoup, voire de tous. Différencier c’est identifier. Ce jour-là est différent, il est liberté : pour tous : pas d’exclusion.

Alors, de quoi se souvenir ? L’être humain est-il plus surhomme qu’avant ? Avons nous une société mieux portante qu’avant ? L’indifférenciation des jours fera-t-elle progresser la société ? Le nombril de notre vie que sont : le pouvoir d’achat, le « quand je veux comme je veux », le « tout de suite et maintenant », la possession, l’asservissement mutuel, le commerce au-dessus de tout autre considération, structurera-t-elle chacun de nous, et les plus faibles en particulier ?

L’être humain n’est il fait que d’achat et de consommation ? Sommes nous aveugles sur le mur dans lequel nous fonçons en mesurant la santé de notre civilisation et de notre pays à la seule aulne des chiffres de la croissance et du commerce extérieur ?

La valeur d’une entreprise se mesurera-t-elle toujours à la seule valeur de ses actions et de leur rentabilité ?

Quand le politique reprendra-t-il la place qui lui convient : rendre la nation auteur de sa destinée, en présentant une vision holistique de la nation et de l’individu, en limitant l’invasion des forces financières dans les décisions de société, en faisant l’autocritique des évolutions de pensées qui ont conduit notre pays dans cette situation de misère sociale et humaine ?

Que nous soyons dans un monde globalisé, certes ! Mais que cela ne soit pas prétexte à abandonner l’ambition d’être une nation de valeurs, une nation qui va vers le haut et qui serait de nouveau un modèle et un repère pour d’autres.

Est-ce le véritable désir des personnes composant les foules que le « j’ai donc je suis » ? Ou est-ce l’expression la plus facile et connue d’une méconnaissance de ses vrais désirs, une impossibilité de dire son mal-être et de la regarder en face ? Un jour par semaine, j’ai la liberté d’avoir un temps pas comme les autres, qui m’appartienne, qui me permette, de vivre autrement avec les autres ayant cette même liberté.

Olivier SOMMER