L’Education Nationale : patron voyou?

Notre adolescent attardé de président n’est pas en mesure de ramener à la raison les patrons plénipotentats du style Arcelor Mittal, Total, Continental, Peugeot et consors.

Et pour cause : même pas capable d’appliquer la loi et la justice à près de 43000 de ses propres salariés.

Je m’explique.

Il y a trois ans, l’Education Nationale engage 42500 EVS (lisez Employés de Vie Scolaire).

Ces personnes, recrutées essentiellement dans les rangs de chômeurs de longue durée ou titulaires de l’Allocation Spécifique de Solidarité, ont été appelées en renforts administratifs auprès des directeurs/trices d’Ecoles Primaires, et en renfort pédagogique auprès d’enfants handicapés en insertion scolaire. Si les personnes retenues refusaient, elles perdaient tous leurs droits, bien entendu.

Leurs contrats ? Des « contrats d’Avenir » ou « Contrat d’Adaptation à l’Emploi », vidés de leur substance dès l’origine, et notamment par dérogation, privant les « bénéficiaires » de tout droit à la formation pourtant imposée par l’état aux autres acteurs, ou de droit à la VAE, car contrat précaires ayant une durée d’au maximum 36 mois.

Prenons le cas de Jacqueline V. actuellement et jusqu’en juin 2009 assistante administrative auprès des directrices d’un regroupement d’écoles primaire (RPI) en Dordogne.

Jacqueline, en situation d’ASS au printemps 2006, se voit convoquée à l’ANPE pour un entretien de sélection avec un membre de l’Académie de Bordeaux. Jacqueline est contente, parce qu’ancienne institutrice dans le privé, ayant acquis par la suite, formation et expérience en tant que secrétaire-comptable, elle dispose de toutes ses chance pour obtenir un poste.

Elle est engagé pour 9 mois, mais l’administration prenant du retard, c’est en finalité 8 mois qu’elle fera. Le contrat est révoltant puisque amputé de droits élémentaires comme celui à la formation, par exemple, et théoriquement non renouvelable.

Mais consciencieusement, Jacqueline s’insère dans cette nouvelle vie. Sur 4 jours, elle va dans 3 écoles différentes, avec 3 directrices différentes, trois responsabilités différentes. Ses trajets, en zone rurale, ne peuvent s’effectuer qu’en voiture personnelle. A ce titre, elle est méthodiquement écartée des aides au déplacement qui sont octroyées à ceux et celles de ses collègues qui se déplacent en transport en commun : maudites zones rurales ! 26 hres/semaines payées au SMIC, toute absence, quelle qu’en soit la cause doit être rattrapée ou déduite du salaire.

Ses « supérieures » au départ sont réticentes à confier à Jacqueline la moindre responsabilité : on ne leur a pas demandé leur avis, et de toute façon ça ne doit pas durer donc…

Devant la mobilisation syndicale appropriée de 2007, son contrat est reconduit pour 1 an, elle ne le saura que la dernière semaine de juin, l’angoisse aura duré jusqu’à la dernière minute. Jacqueline est contente.

Durant l’année 2008, ses supérieures lui délèguent de plus en plus de choses, apprennent à lui faire confiance et lui confient même des tâches hors cadre : l’initiation à l‘informatique des élèves, le remplacement au pied levé d’une instit’ absente pendant le délai d’arrivée du remplaçant envoyé par l’Académie, l’élaboration de certains dossiers, le contact avec l’Académie, le dépannage et la configuration au premier niveau des ordinateurs des écoles, l’accompagnement spécifique de certains élèves en grande difficulté familiale/sociale, etc..

Printemps 2008, mobilisation générale, et les contrats EVS sont une dernière fois reconduits. Jacqueline est honoré par le maire d’une des trois communes, qui déclare publiquement le bienfait pour le RPI de sa présence.

Jacqueline de son côté a multiplié les démarches pour la VAE, ou la formation. Retoquée, systématiquement, quels que soient les interlocuteurs.

Rentrée 2008/2009 : après 2 années de présence et d’apprivoisement mutuel, Jacqueline est intégrée, elle est connue et aimée de tous, pour ses talents et son travail. Un absentéisme quasi nul, une régularité sans faille. Jacqueline connaît une centaine d’élève par leurs prénoms, elle a repéré les élèves en difficulté, elle les aime et, pédagogue et juste, sait se faire respecter de tous.

Jacqueline est triste et angoissée, ses supérieures sont impuissantes devant la machine infernale de l’administration : en juin 2009, Jacqueline sera éjectée du système, retour à la case chômage, remplacée, certainement, par une/un autre qui devra revivre tout le parcours, sachant à l’avance qu’au bout de trois ans ce sera fini, et comme cela, jusqu’à quand ? Je ne sais.

Jacqueline est triste, parce que nombre d’enfants handicapés ou en difficulté vont se retrouvés amputés d’un lien, d’intégration. Jacqueline se révolte, et participe au mouvement collectif. Jacqueline s’est remise à fouiller les petites annonce du privé, cherchant un emploi d’EVS dans une grande entreprise ou une multinationale qui accepterait de ne prendre en compte que l’expérience….

« Le sort qui vous est réservé aujourd’hui est indigne de l’Education nationale. Il est indigne d’un ministère dont le devoir, dans une République, serait de montrer la voie par un comportement exemplaire à l’égard de ceux et celles qu’il emploie…….Qui dira le scandale d’une administration qui traite les êtres humains comme des objets, quand ce n’est pas comme des déchets….que tous ceux qui croient en l’éducabilité des enfants, même les plus fragiles, comme en la formation des personnes, quelles qu’elles soient, se mobilisent pour faire triompher la confiance en l’homme… ». (Extrait d’un discours de Philippe Meirieu, Professeur des Sciences de l’Education, et président d’honneur de L’union Nationale des Collectifs Employés de Vie Scolaire)

Investir dans les banques ? Dans l’automobile ? Dans l’éducation et l’accompagnement de nos enfants ? Dans la formation des adultes concernés ?

Alors M. Sarkozy, à quand un effet d’annonce, suivi d’un effet tout court : la pérennisation et la reconnaissance de l’importance des employés EVS ?

A quand un patron voyou qui montre le bon exemple ?

Olivier SOMMER