Les tribulations d’un essaim d’abeilles

Une bonne âme, sachant que nous recueillions des essaims, téléphona à François pour lui dire qu’un essaim était venu se nicher sous son toit, mais que la capture serait probablement difficile car sous les tuiles se trouvait une couche isolante. De plus le bord du toit se trouvait à environ 3,5 m – 4 m de hauteur.

Nous voilà partis avec le matériel habituel : bottes, combinaison, gants, masque.

Une fois sur place, repérage des lieux. L’échelle fournie par le propriétaire est juste assez grande. Les abeilles ne sortent pas d’un seul endroit, mais de dessous deux bandes de tuiles. Comme je me sens peu capable de défaire les tuiles mécaniques, François monte et ouvre une fenêtre suffisamment grande pour travailler. Le problème est que l’essaim s’est installé entre un mur de pierre extérieur, une cloison bâtie à 20 cm de là et des poutres traversant le tout. Casse-tête….

L’essaim est déjà bien installé avec quatre grands gâteaux de cire bâtis. Dans un nuage d’abeilles très douces, François sort les gâteaux un par un. Je monte à l’échelle les chercher et les redescends ; je les coupe à la mesure des cadres de ruche, et les installe dedans en entourant le tout de fil de fer fin, puis direction la ruche qui les attend à quelques mètres de là.

Dsc00019Les gâteaux…

N’ayant pas vu la reine et sa « cour », nous ne savons pas où elle est. Si elle est dans les abeilles récupérées, c’est le « jackpot » : un essaim de race douce et travailleuse (à voir le nombre et la taille des gâteaux), c’est un bon recrutement pour le rucher.

Dsc00026Douces et actives

Si, par contre, la reine est restée en haut, c’est une autre affaire : L’essaim est en péril.

Or les indications que nous avons ne sont pas concluantes. Les abeilles au trou de vol de la ruche « battent le rappel », c’est-à-dire agitent leurs ailes violemment en découvrant une glande située au bout de leur abdomen, lequel est tourné à l’opposé de la ruche. C’est ainsi qu’est projeté le produit de la glande, un puissant parfum qui indique à celles qui volent où se trouve la ruche. Ceci devrait signifier que la reine est dedans.

Dsc00021Le trou de vol/plan d’envol

Mais le peu d’empressement que mettent celles qui sont en l’air à rallier la ruche nous fait penser que la reine est peut-être restée en haut. Le soir venant, nous décidons de ne rien faire et d’attendre au lendemain soir. Si la reine est dans la ruche, la majorité des abeilles aura eu le temps de rentrer dans celle-ci.

Le lendemain, nous ajoutons à notre équipement… un aspirateur. Si nous constatons par l’activité sur le toit que la reine n’est pas dans la ruche, nous allons utiliser ce moyen violent, mais déjà utilisé par d’autres, pour récupérer ce qui se trouve entre les deux murs. Il n’y a pas d’autre moyen et de toute manière le propriétaire veut voir disparaître ces abeilles de son toit.

De nouveau François est en tête de file et Eric suit avec l’aspirateur. La mise en œuvre est relativement simple mais longue. Je me demande si des abeilles résisteront à ce traitement. Et plus le temps dure et plus mon cœur se serre ; mais quand François fait quelque chose, il le fait bien ; le travail me semble une éternité. Enfin j’ouvre le sac devant la ruche : catastrophe ! ! ! Les abeilles semblent toutes mortes ou mourantes engluées qu’elles ont dans une espèce de sirop épais. Réfléchissant d’où peut provenir ce produit, je réalise que les abeilles, comme chaque fois qu’il y a un danger, se sont gavées de miel pour pouvoir survivre en cas de fuite vers un autre domicile. Dans le tourbillon créé dans l’aspirateur elles ont régurgité ce miel. Elle ont donc les ailes collées et c’est poignant de voir les abeilles sortir de la ruche venir les lécher, autant pour leur porter secours que pour récupérer le bon miel.

Le lendemain soir, il n’y a presque plus d’abeilles sur le toit. La reine n’y est donc plus, et le propriétaire est satisfait. Est-elle dans la ruche ? Ce soir là et les jours suivants nous constatons que ce n’est probablement pas le cas : les abeilles sont lentes, indécises, traînent sur la planche de vol. Nous n’osons pas visiter les cadres un à un car leur tenue est très aléatoire. Nous transportons la ruche telle quelle à la Roque Basse avec de grandes précautions. Nous avons deux possibilités : ou bien il y a du couvain ( des œufs) de moins de 3 jours et les abeilles peuvent élever une reine, ou bien il faudra introduire dans la ruche une reine achetée. Nous préférons essayer la première solution car l’année n’est pas très avancée et il sera toujours temps de recourir à la deuxième solution en cas d’échec.

Si les abeilles ont pu élever une reine celle-ci devrait commencer à pondre dans les 3 à 4 semaines. Et on le verra de l’extérieur à des petits manchons de couleur sur les pattes de certaine ouvrières qui reviennent à la ruches : elles portent du pollen, nécessaire à l’élevage des bébés abeille.

Et victoire, au temps donné, elle rapportent beaucoup de pollen, signe d’une jeune reine qui pond bien. Pour encourager cette ponte nous nourrissons les abeilles.

Dsc00009Le « nourrisseur » pour essaims fragiles

Nous pouvons maintenant ouvrir vérifier qu’il y a des cellules avec du couvain.

Dsc00012Enfumer pour « occuper » les abeilles avant d’ouvrir…

C’est le cas. Souhaitons longue vie et grosse production de miel à cette ruche.

Dsc00005Eric et la petite dernière

Dsc00016Le cadre : terrain à bâtir pour ouvrières du bâtiment…