Demain, la Forêt…

Le réchauffement annoncé de la planète aura fatalement des conséquences sur les forêts de notre région. Les hêtres vont disparaître, et les essences méditerranéennes, gagner du terrain…

Le chêne vert méditerranéen prospérant jusqu’en Bretagne, le sapin disparu des Vosges et le hêtre fondant comme peau de chagrin : le changement climatique pourrait bouleverser le visage de la forêt française d’ici à 2100. Depuis deux ans, des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) planchent sur l’évolution de la présence des grandes essences forestières en fonction du réchauffement planétaire. Une synthèse préliminaire de leurs travaux vient d’être rendue publique. Sur la base de l’Inventaire forestier national, soixante-sept espèces d’arbres ont été retenues et classées en neuf zones géographiques. Le sort de chaque groupe a été simulé jusqu’en 2050 et 2100 sur la base du modèle Arpège-climat de Météo France. Même limité, ce réchauffement entraînerait déjà une triplement des surfaces occupées par des espèces méditerranéennes telles que l’olivier, le chêne vert et diverses variétés de pins, qui recouvriraient dans moins de cent ans 28% de la superficie métropolitaine, contre 9% actuellement. C’est toutefois le pin maritime des Landes et quelques essences du Sud-Ouest et du Littoral breton (chêne tauzin) qui connaîtrait la progression la plus spectaculaire, colonisant 46% du territoire national en 2100, contre 17% actuellement.

Les derniers hêtres.

« Tous les autres groupes auraient tendance à diminuer (de surface) » note le document. Les espèces montagnardes, qui se développent entre 800 et 2500 mètres, souffriraient tout particulièrement de l’envolée du thermomètre et des sécheresses (pins alpins et pyrénéens, aulnes, érables, sapins, épicéas). Elles verraient leur aire de répartition fondre globalement à 6% de la superficie métropolitaine, contre 16% aujourd’hui. Les essences des plaines continentales pâtiraient particulièrement du manque d’eau. Emblématique de ces variétés, le hêtre ne résisterait plus que dans le nord-est, alors qu’il est acclimaté actuellement dans les trois quarts du pays. Le climat, principal facteur de répartition des espèces, entraînera un « déplacement des groupes d’essences méridionaux vers le nord et l’est », tandis que les groupes montagnards et continentaux auront tendance à « régresser fortement », conclut le document. Cette évolution, avertit l’Inra, pourrait se produire avant même la fin du siècle, « dans un laps de temps de cinquante ans, inférieur à la durée de révolution de la plupart des espèce forestières concernées ». Elle pourrait avoir des conséquences considérables pour la sylviculture, car la production de bois d’un arbre rabougri du Midi, n’a rien à voir avec celle d’un chêne normand.

(Article paru dans Le Sud-Ouest du 3 septembre 2004, édition du Bergeracois-Sarladais, reproduit ici avec l’aimable autorisation du Journal.)

PS: Alors? Après nous le déluge?