Noël ou l’éloge de l’épée

Cette année encore, les journalistes français spécialistes des affaires religieuses n’ont pas eu à changer grand-chose sur leurs articles des années précédentes pour informer le grand public en cette période de Noël ! En effet, comme dans le film « Amen », l’inquiétude papale est grande, ce grand monsieur étant consterné de constater l’extension galopante des conflits sur la terre. Mais, comme toujours et encore, Urbi et Orbi n’ont pas grand effet sur les cœurs, le message est toujours le même. Les chrétiens toujours moins nombreux, les églises chrétiennes toujours en crise, la « Bonne Nouvelle » devenue « Dogme Rassis » se contente en cette période de mémoire bi-millénaire, d’être énoncée par les chefs et les bergers d’enfants de dieu assoiffés, comme autant de messages faussement lénifiants sur la paix !

Jean Ferrat chantait « quelque chose ne va pas dans mon royaume de France ». Je reprends son refrain : « quelque chose ne va pas dans mon royaume de dieu ». En tout cas dans celui que l’on m’a annoncé et que l’on annonce malheureusement encore.

Chaque fois que je dénonce, devant un public concerné, de manière plus ou moins véhémente, l’inefficacité du message chrétien comme source du désintérêt des personnes et des peuples occidentaux pour ce message, on me répond, choqué, que j’ai tort, que le message n’a rien perdu de sa vigueur, mais « que Jésus avait annoncé que la foi se raréfierait vers la fin des temps, et donc que ce qui se passe est bien la preuve du déroulement des prophéties ». Ce à quoi je rétorque que c’est bien à cause de cet état d’esprit stupide et mystique que l’on n’avance pas !

« Tout est dans l’œil de celui qui regarde » (Avec l’accent chinois dans le texte !).

Rappelez-vous cette petite histoire :

Un fabricant de chaussures envoya deux commerciaux faire une étude de marché dans un pays lointain. Après quelques semaines d’arpentage, nos deux compères revinrent avec un rapport extrêmement succinct. Le directeur s’en étonna et écouta leurs commentaires : le premier déclara :

– Monsieur le directeur, dans ce pays de 10 millions d’habitants, 90% ne portent rien aux pieds. Visiblement cela leur va très bien et il ne sert à rien de perdre notre temps pour des gens qui ne s’intéressent pas à nos produits.

Le directeur, pensif, se tourna vers le second qui déclara, enthousiaste :

– Monsieur le directeur, dans ce pays de 10 millions d’habitants, 90% ne portent rien aux pieds. Seules des industries pharmaceutiques font des fortunes en leur vendant des soins pour pieds abîmés. Nous avons là le plus formidable marché de toute notre existence !

(Silence interrogatif pour les insensés, éclats de rire pour les sensés…ou le contraire !)

Je ne peux laisser passer ce Noël sans vous faire part de mon intérêt pour vous, mes amis, mes lecteurs, pour votre entourage, pour l’ensemble de ceux avec lesquels j’ai été, je suis, je serai un jour en contact. Mais je ne vous souhaite pas la paix que les bien-pensants se souhaitent. Non, décidément pas ! Je vous souhaite au contraire de passer, cette période-ci, par le tranchant de l’épée !

J’ai comme une petite idée que si j’en restais là, je ferais des dubitatifs. Cela serait intéressant, mais à très court terme. Donc…je continue mes vœux :

« Ne croyez pas que je sois venu pour apporter la paix, je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée… »

Un grand homme a dit cela un jour. C’est le genre de déclarations de lui qui ne sont pas les plus connues et les plus célébrées, et pourtant j’ose croire que c’est de ce genre de message que l’espoir peut renaître aujourd’hui.

Le christianisme a cru de bon ton de présenter la paix comme signe de bonheur véritable, comme signe de véritable conversion, comme enseignement majeur du Christ. D’ailleurs, un ensemble de systèmes doctrinaux et organisationnels sont toujours mis en place pour émarger à coup sûr, socialement, spirituellement, et psychologiquement ceux qui contestent la « pax romana » ecclésiastique et civile, ceux qui dérangent « l’ordre de Dieu ».

Quelle plus belle preuve de non-conversion, n’est-ce pas, vient de celle ou de celui qui a encore une souffrance expressive, qui ne fait pas taire son inquiétude, sa souffrance, sa révolte, qui cherche la relation à l’autre de toutes les maladroites manières possibles ?

Ironie de l’Histoire. Celle-là même qui prétend apporter le salut, écouter les miséreux et misérables, être du côté des souffrants et des affamés, tente à longueur de siècle de faire taire en son sein ceux qui élèvent la voix pour remettre en question le message, les porteurs du message, parce qu’ils ont mal. Je veux parler de l’église chrétienne, quelle soit catholique, protestante, évangélique, orthodoxe, baptiste, adventiste, etc…

Alors mes chers amis. Il redevient évident que seule l’épée peut être à la fois l’instrument et le fruit d’une contestation, d’un sursaut d’instinct de conservation, bref, de salut !!

Dans les Ecritures que l’on appelle la Bible, le mot « épée, glaive » est employé à de nombreuses reprises pour représenter la puissance et l’efficacité de la Parole. C’est donc cette première acception, ce premier sens que j’évoquerai tout d’abord : beaucoup ont coutume d’accoler un P majuscule à la Parole qui viendrait du dieu exclusivement. Je prends la liberté d’élargir cet usage à la Parole humaine en tant qu’émanant de l’individu-sujet, celui-ci parlant en son propre nom, en JE, et donc en vérité.

Cette Parole est celle par laquelle la souffrance (le « mal ») se trouve démasquée, et donc potentiellement et virtuellement désactivée, détruite. Cette « épée » est celle qui me permet de me positionner de plus en plus justement par rapport à mon père, ma mère, ma sœur, mon frère, mon beau-père, ma belle-mère, ma ou mon partenaire de vie et de lit, mes amis, les autres, le monde, moi etc.. et enfin : le dieu (Dieu pour ses intimes). La Parole cherche et voit juste, elle est « acérée et donc disjoint jusqu’aux articulations les plus solides et les plus cachées ». C’est celle de l’altérité salvatrice. Elle permet, et en est le signe, à l’humain du devenir Homme et donc divin, éternel, en conséquence indéfectible d’une nouvelle naissance, la naissance selon l’esprit, la naissance d’en haut.

La deuxième signification maintenant. Le fruit.

A la réflexion, il paraîtra évident, je pense, à tous, que celui (ou celle) qui se met à parler en son propre nom, ne peut pas être écouté facilement. Il remet en cause inévitablement les certitudes toutes faites dont l’environnement nous abreuve depuis notre gestation intra-utérine, les enseignements tous prêts et incontestables, (en tout cas majoritairement incontestés) dont nous sommes gavés à l’école, à la catéchèse, au collège, à l’église, au lycée, à l’université, devant notre télé et notre radio. Quelqu’un a dit : « nul n’est prophète en son pays ». D’ailleurs les vrais prophètes sont pour la plupart éradiqués, car dérangeant l’ordre social, et surtout l’autorité en place. Comme les miséreux qu’ils défendent et cherchent à libérer, car ces derniers font désordre chez les bourgeois.

Fait-on taire, et comment, un nouveau-né qui a faim, a peur, a besoin de sécurité et d’amour ? Les journaux sont pleins de récits d’infanticides écœurants, commis par des tarés qui ne supportent pas les cris de leur progéniture. La vie dérange la mort.

La mise à mort des vivants, ou des « cherchant à naître », psychologiquement et socialement, est un meurtre, ni plus ni moins.

La mort infamante sous couvert légitime est la conséquence qui attend vraisemblablement celui qui promeut la vie. Quelques individus en ont réchappé. Mais ce sont des exceptions qui confirment la règle.

Un peu plus loin dans les Ecritures, Jésus, qui annonce apporter l’épée, est catégorique : « celui qui ne prend pas sa croix et m’accompagne derrière moi n’est pas digne de moi » ! Mes amis, si nous voulons vivre, il nous faut donc marcher, porter fièrement notre mort, comme le font les vrais vivants. A ce prix, et à ce prix seulement, nous sommes digne de soi et du Soi.

L’Epée salvatrice annoncée par la célébration de Noël, est donc à deux tranchants.

En ce Noël 2004, et en cette future année 2005, je ne souhaite pas la Paix au monde, mais cette Epée à deux tranchants.

En ce qui vous concerne en particulier, mes amis, je vous souhaite d’être bienheureux acteurs et bénéficiaire du premier, sereins et fiers vis à vis du second.

Avec toute mon affection à vous tous.

Olivier.