22 octobre 1844 – 2015 : Se souvenir : une grande déception, mais aussi un grand échec

Traduction libre par O.Sommer d’un article paru en octobre 2015 sur la revue en ligne Spectrum. L’article original est accessible sous

http://spectrummagazine.org/article/2015/10/22/remembering-not-only-great-disappointment-also-great-failure

J’ai fait un rêve la nuit dernière, un rêve de sessions de la Conférence générale passés et à venir. 

Je me tenais dans le centre d’un stade, bondé de gens, tous captivés par la musique et la mise en scène en face d’eux. Je regardai autour et senti une tristesse intérieure grandissante jusqu’à ce qu’elle en fut étouffante.

Prêt à tout pour partir, je regardai autour de moi et trouvais un escalier, qui, grâce à la géographie déconcertante des rêves, était situé directement au milieu de l’arène. 

En espérant pouvoir trouver une porte de sortie, je commençais à gravir les marches. Comme je progressais vers le haut, je me suis vite rendu compte que je n’étais pas seul sur l’escalier. Plus je montais, plus il y avait d’autres personnes. Comme je progressais de plus en plus difficilement vers le haut, je commençais à réaliser que c’étaient les gens de l’église qui étaient collés aux rambardes. Interdits d’entrer dans l’espace ci-dessous, ils avaient emprunté cet escalier, qui montait en spirale aussi haut que je pouvais voir.

Quand je ne pus aller plus loin, je m’assis, loin au-dessus des lumières et des sons d’un spectacle conçu méticuleusement. Je regardai autour et réalisé que j’avais rejoint ceux qui avaient été jetés dans « les ténèbres du dehors. » Je réalisai aussi que ceux qui étaient dans les « pleurs et les grincements de dents » ne pleuraient pas pour eux-mêmes, mais pour les milliers ci-dessous qui siégeaient encore, captivés par des hommes minuscules sur une scène  elle-même minuscule maintenant.

 

J’ai adoré grandir dans l’église adventiste. L’église m’a appris la beauté de l’espace sacré que, semaine après semaine, nous créions lors des moments sanctifiés du jour du sabbat. Grâce à ce seul jour on m’a appris la valeur de la résistance, de la communauté, et à rejeter l’inégalité systémique.

Les moments de communion et de lavement des pieds m’ont appris la valeur d’un rituel qui non seulement regarde en arrière vers le sacrifice passé, mais est aussi assis fermement dans le présent, offrant un défi radical à vivre : une vie de miséricorde, de recherche de justice, et de bienveillance totale.

Grâce à notre histoire, à laquelle ma famille est si intimement liée, une histoire qui a donné le don de l’alphabétisation pour mes ancêtres anciennement asservis, j’ai appris l’importance de faire face à mes erreurs. Nos aïeules et ancêtres ne laissèrent pas leurs faux pas les empêcher de dépasser le déchirement de « la grande déception » et de forger une voie à suivre. Mais, comme un ami sage m’a dit une fois, « Si nous étions vraiment honnêtes, nous appellerions ce moment de notre histoire le grand échec et non la grande déception. »

Quelque part le long du chemin, nous avons arrêté d’affronter nos erreurs. Nous avons été confrontés à notre déception, mais avons oublié de vraiment faire face à notre échec, un échec que n’importe quel bibliste solide aurait pu voir venir à des kilomètres de distance. Quelque part le long de la route, nous avons cessé d’être l’église qui comptait fièrement des radicales comme Sojourner Truth et Angelina Grimke Weld parmi ses amis et membres.

Grandir adventiste a brisé mon coeur. 

L’église m’a beaucoup appris en matière d’isolationnisme, d’arrogance et de peur de l’autre, au travers des murs que nous construisions autour de nous chaque sabbat. Je grandi en regardant les personnes autour de moi protéger leurs croyances dans une paranoïa obsessionnelle.

Les rituels, souvent vides, de communion et de lavement des pieds m’ont enseigné l’hypocrisie et la cruauté occasionnelle de ceux au pouvoir, qui croient avoir raison et sourient lors d’un acte destiné à nous rappeler le service, alors qu’ils combattent ceux qu’ils considèrent (maintenant) comme dangereux.

Notre histoire, qui m’a été donnée comme « Vérité Présente et Dynamique », a été dépouillée de ses contextes Victorien et Edouardien, et présenté en tant guide sur le chemin de la Sainteté. Au lieu de me donner la vie, elle m’a laissée aux prises avec la honte et la peur beaucoup plus longtemps que je ne voudrais l’admettre.

Donc, je me retrouve sur cet escalier, pour échapper désespérément à la célébration de violence systémique ci-dessous. Vous nous avez dit de « sortir d’elle » et nous l’avons fait. Et, en partant, nous sommes parvenus à réaliser douloureusement que vous étiez notre Babylone. Nous échappons désormais à l’étreinte de votre violence systémique, du patriarcat, de l’homophobie, de la peur isolationniste. Nous fuyons vers l’inconnu, la marge, et le mystère.

En tant que cinéaste, je travaille maintenant avec des amis pour créer des rituels profondément enracinés dans l’espace sacré, la résistance, et en écoutant les voix de ceux qui ne sont jamais entendus. Ces concepts sont des dons de l’église adventiste et des cadeaux pour lesquels je serai toujours reconnaissant. Je regarde autour de moi et en vois d’autres, prenant également le plus beau de ce qu’ils ont acquis de leurs racines adventistes et le transformant dans de nouvelles, de belles choses.

Beaucoup d’entre nous ne reviendrons pas. L’église est devenue un anathème pour nos valeurs les plus profondes, les valeurs que vous nous avez données, par inadvertance ou non. Nous sommes les aïeuls et prêtresses de quelque chose que nous n’avons pas encore pleinement commencé à saisir. 

Rejoignez-nous. Laissez vos espaces sécurisants, vos stades brillants et l’apparat. Quittez le confort de la scène et gravissez votre chemin dans les ténèbres, car c’est ici, dans cette obscurité, que Dieu vous attend.

H. LESLIE FOSTER, Cinéaste

(http://lesliefmuse.com)